Faire écrire ses e-mails par une IA sans que ça se voie
Un e-mail généré se repère à trois signes : des formules creuses, des paragraphes trop réguliers et une politesse excessive. Voici comment obtenir un texte qui vous ressemble.
Un e-mail rédigé par un assistant se reconnaît en une seconde. Trois indices reviennent toujours : une ouverture en « J’espère que ce message vous trouve bien », des paragraphes d’une régularité mécanique, et une conclusion qui remercie deux fois. Le problème n’est pas l’outil, c’est qu’on lui demande d’écrire à la place de quelqu’un qu’il ne connaît pas.
Étape 1 — Fournir vos propres textes
C’est l’étape que presque personne ne fait, et c’est celle qui change tout. Rassemblez trois e-mails que vous avez réellement envoyés et qui vous plaisent : un court, un long, un délicat. Collez-les dans la conversation avec cette consigne :
Voici trois e-mails que j’ai écrits. Analyse mon style : longueur moyenne des phrases, niveau de formalité, façon d’ouvrir et de conclure, tics de langage. Résume-le en cinq points, puis attends ma prochaine demande.
Vous obtenez un portrait de votre écriture, réutilisable ensuite dans toutes vos demandes.
Étape 2 — Donner le contexte que seul vous connaissez
Un assistant ignore tout de votre relation avec le destinataire. Ces trois lignes suffisent :
Destinataire : une collègue d’un autre service, qu’on se tutoie. Historique : elle m’a promis un fichier il y a trois semaines, elle est débordée, ce n’est pas de la mauvaise volonté. Enjeu : j’en ai besoin lundi, mais je ne veux pas la mettre sous pression.
Sans ce contexte, vous obtiendrez une relance neutre — c’est-à-dire une relance qui rate son objectif.
Étape 3 — Imposer des contraintes de forme
Les tics d’écriture automatique disparaissent dès qu’on les interdit explicitement :
- « Pas de formule d’ouverture générique. Entre directement dans le sujet. »
- « Maximum 80 mots. »
- « Une seule demande, formulée une seule fois. »
- « Ne remercie qu’une fois, à la fin. »
- « Pas d’adverbe en tête de phrase. »
Étape 4 — Réécrire la première et la dernière phrase
C’est la règle qui fait le plus de différence pour le moins d’effort. Ces deux phrases portent votre voix : ce sont celles qu’on lit vraiment.
Prenez le texte généré et remplacez l’ouverture et la conclusion par vos propres mots, même maladroits. L’ensemble devient immédiatement crédible.
Un exemple complet
Demande :
[Portrait de style collé]. Destinataire : un prestataire à qui je dois annoncer que nous ne poursuivons pas la collaboration. Nous avons travaillé six mois, correctement, mais notre budget est réduit. Je veux rester en bons termes. 100 mots maximum, vouvoiement, une seule information principale, pas de faux prétexte.
Ce que vous ne devez pas accepter :
Nous avons pris la décision difficile de ne pas reconduire notre collaboration en raison d’une réorientation stratégique de nos priorités.
C’est du vide administratif. Reformulez :
Notre budget prestataires est réduit pour l’année qui vient, et je préfère vous le dire tout de suite plutôt qu’en janvier.
Même information, mais une personne derrière.
Les trois cas où il vaut mieux écrire soi-même
- Un message d’excuse. Une excuse rédigée par un tiers s’entend, et aggrave la situation.
- Un message très court. Écrire « Oui, c’est bon pour moi » prend moins de temps que d’ouvrir un assistant.
- Un message sensible sur le plan juridique ou contractuel. À faire relire par un humain compétent, pas par un modèle.
Questions fréquentes
- Est-ce malhonnête de faire rédiger ses e-mails ?
- Pas plus que d’utiliser un correcteur orthographique ou un modèle de courrier. Ce qui compte est que le contenu soit exact et que la décision vienne de vous. En revanche, faire signer par une IA un message qui engage une relation personnelle — condoléances, excuses — est une mauvaise idée.
- Faut-il coller des e-mails confidentiels dans un assistant ?
- Non. Retirez les noms, les montants et tout ce qui identifie une personne ou un contrat. Beaucoup de services conservent les échanges pour améliorer leurs modèles : partez du principe que ce que vous collez peut être lu.
L’auteur
Julien Marchand
Julien teste des téléphones, des applications et des services en ligne, et vérifie surtout ce qu’ils font des données qu’on leur confie. Il défend une idée simple : un outil qui demande trente minutes de configuration doit en faire gagner beaucoup plus.
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